Catalogue | RElations de pouvoir dans la famille d’aujourd’hui


éd. Sylvie Jeanneret & Michel Viegnes


RElations de pouvoir dans la famille d’aujourd’hui


EN BREF | Notre pouvoir d’agir sur le génome a considérablement modifié notre rapport au « pouvoir » en tant que possibilité de faire (Marie-Pierre CHEVRON). En relativisant ainsi l’hérédité, les sciences de la vie démontrent la dimension psycho-physiologique de la transmission et l’impact de l’action – la violence infantile par exemple – dans le développement des structures familiales (Mélanie KAESER). À la fois nuancée et renforcée, la responsabilité parentale oscille désormais dans un paradigme d’autorité que les révolutions sociales du XXe siècle avaient déjà rendu instable (Viviane CHÂTEL). La ­Convention des droits de l’enfant a redistribué les pouvoirs ; les guerres mondiales et les revendications féministes ont redéfini les rôles de l’homme et de la femme dans l’espace domestique (Anne-Françoise PRAZ). Ces recalibrages replieront progressivement le noyau familial sur lui-même, instituant en autorité autonome l’unité couple/enfants. Hors de quelques survivances, la structure complexe du foyer plurigénérationnels qui, réglementé en société, va parfois jusqu’à régir l’ordre social d’un espace régional (Christian GIORDANO), s’en trouve ainsi désagrégée. Représentation en crise, l’étiolement de ce modèle familial se réfléchit naturellement dans la crise de sa représentation artistique. En témoigne notamment l’échec de la structure narrative des Sopranos, famille mafieuse dont la série éponyme retrace l’épopée (Peter FREI), le dire éclaté ­d’Isabelle Spaak dans Ça ne se fait pas, seule expression possible d’un traumatisme familial indicible (Susan BAINBRIGGE), ou encore l’effort de retisser les fils du tissu familial dans certains récits romands (Sylvie JEANNERET). Au seuil du représentable, l’auteur semble ainsi céder son « pouvoir » au narrateur qu’il façonne pour interpréter un passé familial entre mémoire, tradition et imagination (Ralph MÜLLER) ; jeux d’idéalisation et de démythification dont les frottements se ressentent aujourd’hui jusque dans la représentation politique de la famille exemplaire.


Sylvie Jeanneret & Michel Viegnes

Introduction

Marie-Pierre Chevron

Exploitation des génômes : un nouveau pouvoir au sein des familles

Mélanie Kaeser

Le cycle intergénérationnel du traumatisme subi à la violence perpétrée : ce que nous apprennent les neurosciences

Viviane Châtel

La famille en (dé)mission : un enjeu d’éducation impossible à assumer

Anne-Françoise Praz 

Histoire des masculinités, pouvoir et espace domestique

Christian Giordano

Le rôle de la famille étendue et complexe dans les sociétés segmentaires des Balkans : solidarité, pouvoir, honneur et conflits
Peter Frei

The Sopranos (1999-2007) : l’ordre de la famille à l’aube du XXIe siècle

Susan Bainbrigge

Enquête de l’histoire familiale dans Ça ne se fait pas d’Isabelle Spaak : fragments, portraits, et (­dé)construction

Sylvie Jeanneret

Familles dans la littérature contemporaine de Suisse romande : rassembler, resserrer, réparer 

Ralph Müller

Pouvoir et hégémonie d’interprétation dans le récit des générations : Un regard histori(ographi)que sur la littérature germanophone